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21

Fév

Le menteur, c’est l’autre

Menteur:

  1.  Personne qui ne dit pas la vérité
  2. “Le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques.” Hannah Arendt, Du mensonge en politique
  3. Qualité inhérente à l’homme politique. Parler vrai c’est bien mentir.
La marionette des Guignols de Jacques Chirac    

“Quand on dit à la presse anglaise qu’on est libéral et quand on vient expliquer aux Français que l’ennemi, c’est la finance, on ment, (…) on ment matin et soir”. A Marseille, dimanche 19 février, Nicolas Sarkozy a démarré sa campagne par une flèche directe à l’encontre de son principal rival socialiste, François Hollande. Cette semaine, Eva Joly a répliqué en traitant le président de “fieffé menteur”, à propos de l’instauration d’une dose de proportionnelle aux législatives, rappelant qu’il avait déjà émis cette idée en 2007 sans rien en faire.

Si l’accusation de mensonge est de plus en plus courante en politique, c’est aussi parce que tous les candidats font la promesse sacrée aux électeurs de leur dire la vérité. Dans ses voeux pour 2012, Nicolas Sarkozy assurait aux Français, au sujet de la crise : "je ne vous ai jamais dissimulé la vérité, ni sur sa gravité, ni sur les conséquences sur l’emploi et le pouvoir d’achat"Quelques jours plus tard, dans Libération, François Hollande promet lui aussi la vérité. Pour les électeurs, il est souvent difficile de savoir qui dit vrai.

En 1988, lors du débat de l’entre deux tours entre Jacques Chirac et François Mitterrand se joue une partie de “poker menteur”, qui sidère les observateurs de l’époque. François Mitterrand accuse Jacques Chirac de lui avoir soutenu dans son bureau que Wahid Gordji, diplomate iranien, était l’instigateur des attentats commis à Paris en 1986. Le premier ministre d’alors dément formellement. S’ensuit une joute où Jacques Chirac demande au président de lui assurer, “en [le] regardant dans les yeux”, qu’il a bien tenu de tels propos. François Mitterrand ne fléchit pas et maintient sa version.

Lors de sa campagne pour la présidentielle de 2002, Jacques Chirac est affublé du sobriquet de “Super Menteur” par les Guignols de l’info, après l’affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris. La France entière reprend l’expression. Ses adversaires politiques, de Jean-Marie Le Pen à Robert Hue, en passant par Jean-Pierre Chevènement ne se privent pas d’exploiter cette idée. Ce dernier ironise: "Jacques Chirac a avoué récemment que son héros préféré était Cyrano. Sans doute à cause du nez. Mais le sien n’est pas celui de Cyrano. C’est celui de Pinocchio". Malgré cette réputation, Jacques Chirac remporte l’élection de 2002.

En 1953, Pierre Mendès France déclarait “la France peut supporter la vérité”. Quel menteur !